Lamantin des Caraïbes

Le lamantin des Caraïbes (Trichechus manatus) est un mammifère parfaitement adapté à la vie aquatique. C’est un animal végétarien qu’on surnomme « la vache de mer » car il aime particulièrement brouter les herbes se situant au fond de l’eau. Parmi les trois espèces de lamantins aujourd’hui existantes, le lamantin des Caraïbes est le seul qui a vécu sur le territoire français. En effet, pendant des siècles les lamantins ont habités aux alentours des îles de la Martinique et de la Guadeloupe, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle la deuxième plus grande ville de Martinique se nomme « Le Lamentin ». Les autres espèces de lamantin sont quant à elles observables en Afrique de l’Ouest, du Sénégal jusqu’en Angola mais aussi dans l’Amazone au Brésil jusqu’en Colombie, Pérou ou encore Equateur.

Cet mammifère est particulièrement imposant, son poids peut atteindre 600 kilogrammes pour une longeur maximale de plus de 3 mètres. Les mâles sont généralement moins imposants que les femelles, ce n’est pas pour autant un dimorphisme sexuel très marqué. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le lamantin dispose de dents, elles sont adaptées au régime alimentaire de ce dernier et sont donc principalement dédiées à moudre les végétaux. Autre adaptation à son alimentation, son museau est préhensile afin de pouvoir arracher les herbes et autres feuilles.

Contrairement aux deux autres espèces de lamantins, le lamantin des Caraïbes est répartit sur une vaste étendue géographique, c’est la raison pour laquelle l’espèce est divisée en deux sous-espèces différentes. Il y a tout d’abord le lamantin de Floride (Trichechus manatus latirostris), cet animal est observable le long de la côte floridienne mais aussi aux portes de l’Atlantique lors de la saison sèche, il a ainsi tendance à migrer en fonction des températures, c’est un mammifère particulièrement frileux. Il y a ensuite le lamantin des Antilles (Trichechus manatus manatus), qui quant à lui, est davantage présent au Sud de la mer des Caraïbes, de l’archipel des Bahamas jusqu’aux côtes brésiliennes.

Cet animal apprécie vivre dans des eaux peu profondes, que ce soit des rivières, des lagons, des mangroves ou des estuaires. Contrairement aux cétacés, les changements de la salinité de l’eau n’importent peu pour cet animal, on le retrouve aussi bien dans des eaux salées, douces ou même saumâtres. Il n’a aucun prédateur naturel et c’est certainement la raison pour laquelle sa vie est relativement paisible, le lamantin ne nage pas vite, prend son temps et aime se prélasser dans les eaux chaudes et tropicales. Par ailleurs celui que certains surnomment « la sirène » en raison de ses cris aigus et de sa nage nébuleuse, est capable de performances dignes d’un grand sportif. En effet, le lamantin est capable de couper son souffle pendant plus de 20 minutes, malgré cela, il affectionne remonter à la surface au moins une fois par minute. Son mode de vie peu mouvementé lui permet d’atteindre un âge respectable pour un mammifère puisque le lamantin vit jusqu’à 50 ans dans la nature.

Cet herbivore ne dispose pas de sonar pour se diriger, sa mémoire n’est pas un atout et ne lui permet pas de reconnaitre tous les endroits qu’il arpente, son cerveau n’étant pas un organe très développé chez cet animal. Afin de se diriger, il dispose de vibrisses, elles sont similaires à celles des chats mais beaucoup plus présentes chez cet animal. En effet, tous ses poils sont des vibrisses, en dépit de sa vue approximative, cela lui permet de ressentir n’importe quel mouvement dans l’eau. Le lamantin est majoritairement solitaire, malgré tout, ce n’est pas pour autant un animal farouche, il apprécie parfois brouter de l’herbe en bonne compagnie.

Quand il s’agit de se reproduire, les lamantins deviennent très sociaux et plus particulièrement les mâles qui forment des troupeaux d’accouplement lorsqu’ils découvrent une femelle en chaleur. On ignore encore comment les mâles apprennent qu’une femelle est en « œstrus », cependant, on sait que la communication est très développée chez cette espèce, notamment via des cris différents en fonction du statut des individus, de l’âge ou encore du sexe de ces derniers. La reproduction est possible chez les lamantins à partir de 3 à 4 ans chez les mâles et entre 3 et 5 ans pour les femelles. Cependant, les mâles les plus performants lors des accouplements polyandriques sont les dominants du groupe éphémère de mâles, le plus souvent des « taureaux » âgés, plus expérimentés que les jeunes « taurillons ». Le coït n’est pas si évident car en plus de devoir gérer l’impatience des mâles sur le banc de touche, le mâle concerné doit agripper la femelle à l’aide de ses nageoires et réussir une intromission alors que le sexe de ce dernier sort du trou urogénital, situé au centre du ventre chez le mâle, pour rejoindre le trou urogénital de la femelle situé sur l’abdomen mais proche de la queue chez cette dernière. Cela donne ainsi lieu à des danses particulières, mouvementées et groupées sous le soleil des tropiques. Plusieurs mâles parviennent à s’accoupler avec la femelle, il est donc compliqué de connaitre le père en captivité. Des suites de ces accouplements groupés, l’intervalle entre fécondation et naissance est compris entre 12 et 14 mois, le plus souvent un seul petit naît, cependant il existe de rares naissances gémellaires comme ce fut le cas au ZooParc de Beauval en 2003. Généralement, une femelle met bas une fois tous les 2 à 3 ans et ce jusque l’âge de 30 à 40 ans, qui correspond à une sorte de ménopause.

Aujourd’hui, l’espèce est protégée partout où elle habite, les trois espèces de lamantins sont classées « vulnérable » par l’UICN. Cependant, pendant de nombreuses années, le lamantin a été chassé pour sa peau et sa viande. Aujourd’hui, les principales menaces qui pèsent sur lui sont l’exploitation des forêts, la navigation en bateaux motorisés, l’orpaillage et plus globalement l’activité humaine. Et cela car en résulte une pollution des eaux par des débris, des algues nocives, produits chimiques, du carburant,… De plus, le réchauffement climatique semble être à l’origine de mortalité chez les lamantins, plus particulièrement chez le lamantin d’Amazonie (Trichechus inungis), animal parfois bloqué dans d’immenses flaques d’eau crées par une sècheresse excessive, ce qui le rend impossible de s’alimenter et surexposé au soleil. En Afrique de l’Ouest, la principale menace qui pèse sur le lamantin d’Afrique (Trichechus senegalensis) est la chasse pour son cuir ou encore pour d’autres parties de son corps aux vertus parfois considérées comme médicinales.